Non, vous ne rêvez pas. Il ne s’agit ni d’un canular, ni d’une faute de ma part. Je vous parle bien de la maladie de la mousseline.


Nous sommes en 1800, en Angleterre et en France, et le nouveau siècle apporte son lot de changements, dont une véritable révolution qui secoue la mode féminine. Les lourdes robes de soie, les paniers imposants et les corsets rigides tombent peu à peu en disgrâce. Les demoiselles de la haute société londonienne leur préfèrent désormais une silhouette inspirée de l'Antiquité.


Faites place à la robe « Empire » !


Ou, pour être plus précise historiquement, à la robe en chemise.


Il s’agit de ces tenues qui allongent la silhouette, avec leur taille placée juste sous le buste et leurs décolletés parfois audacieux, directement inspirées des statues grecques.


Confectionnée en mousseline de coton, une telle robe est vaporeuse, semi-transparente et extrêmement légère. Elle nécessite généralement plusieurs couches de dessous afin de préserver la pudeur attendue dans la bonne société.


Je vous laisse imaginer le choc provoqué par cette déferlante de rondeurs et de chair soudainement révélées lors des bals et des réceptions de la haute société londonienne.


En été, passe encore. Mais en hiver…


Disons que, moi, je n'aurais certainement pas survécu à cette mode.


D’autant plus que les rumeurs de l’époque laissaient croire qu’afin d’imiter le drapé des statues gréco-romaines, certaines jeunes femmes allaient jusqu’à mouiller leur robe pour que la mousseline épouse davantage les formes du corps.


Je précise bien qu’il s’agit d’une rumeur largement relayée à l’époque et non d’un fait historiquement démontré.


Les conséquences, en revanche, furent bien réelles.


Une vague de pneumonies a touché de jeunes élégantes de la société londonienne. Les décès furent suffisamment nombreux pour que les journaux satiriques, les caricaturistes et certains médecins moralistes de l'époque popularisent une expression restée célèbre : « the muslin disease », la maladie de la mousseline.


Lorsque nous imaginons aujourd'hui une héroïne en robe Empire, nous pensons généralement à l'élégance, à la délicatesse ou à la bienséance. Or, en 1800, cette tenue pouvait au contraire être perçue comme audacieuse, provocante et même dangereuse.


Et si Miss Marianne avait été victime de ce mal ?


On pourrait presque faire le parallèle entre la maladie de la mousseline et la fièvre putride qui frappe Marianne Dashwood dans Raison et sentiments. 


Certes, le chagrin de l’héroïne était une cause de son mal, mais l’autre était qu’elle refusait de porter des vêtements chauds et lourds comme des jupons de laine ou des corsets épais, lors de ses marches obsessionnelles à Cleveland.


Et alors, sans que Jane Austen ne fasse explicitement référence à la maladie de la mousseline, elle aurait très bien pu transposer dans la fiction un fait de société de son temps : le danger mortel d'allier une sensibilité exacerbée à une garde-robe inadaptée au climat britannique.


Et vous, si vous aviez vécu dans l'Angleterre de 1800, auriez-vous suivi la dernière mode malgré le froid et le scandale, ou auriez-vous préféré rester bien au chaud ?