Multitâche ? Forcément, cet article ne concerne pas les hommes (c'est une blague… peut-être).

Quand on s'installe devant son ordinateur, son café à côté, et qu'on se plonge dans l'écriture d'un livre, on ne pense pas forcément à tout ce qu'il faudra faire ensuite pour le publier, le vendre et le promouvoir.

Personnellement, j'imaginais que mon plongeon dans la vie d'auteure de romance historique serait bien plus simple que ce que je vis actuellement, alors que le livre n'est même pas encore sorti.

Comme j'étais loin du compte !

Le livre n'était que la première étape.

Alors je vous vois venir, et de très loin :

« Pourquoi ne pas simplement passer par une maison d'édition ? »

Ah mais justement, je ne passe pas par une maison d'édition parce que j'ai dit stop : aux délais interminables et aux réponses toutes faites. Une décision que beaucoup d'auteurs ont prise avant moi.

C'est vrai, qui n'a jamais eu dans sa boîte mail : « Notre ligne éditoriale ne privilégie pas la romance historique. » Ou encore : « Nous avons beaucoup apprécié votre style et votre univers, mais… »

Après vingt ans dans le recrutement, je peux vous assurer que certaines formules traversent remarquablement bien les secteurs d'activité.

Je ne vous parle même pas des refus qui évoquent des personnages ou des intrigues qui ne figurent même pas dans votre manuscrit. Ceux-là mériteraient un article à eux seuls.

Attention, je ne critique pas le système. Enfin… peut-être un peu.

Les maisons d'édition reçoivent des milliers de manuscrits chaque année et doivent faire des choix en fonction de leurs priorités éditoriales, du marché, de leur rentabilité et de leurs exigences de fond et de forme.

Et oui, je pense que l'écriture doit conserver une part d'élitisme qui n'est ni sociale, ni financière, mais fondée sur le travail et la maîtrise de son art.

En fin de compte, écrire est à la fois un métier, un art et une discipline. C'est aussi une responsabilité, car notre écriture est censée vous toucher, vous faire ressentir quelque chose, vous transporter ailleurs le temps de quelques pages.

Beaucoup écrivent, mais tous ne sont pas prêts à assumer cette exigence.

C’est le rôle d’une maison d’édition de faire le tri.

Mais pourquoi mon roman, ou le vôtre, n'aurait-il pas le droit de rencontrer ses lecteurs ?

C'est là qu'entre en scène l'autoédition.

Quand on prend cette décision, on est euphorique : le livre est terminé et on s'imagine qu'il suffit de quelques clics pour le mettre en ligne et le rendre accessible au plus grand nombre.

Spoiler : ce n'est absolument pas ce qui va se passer.

Car à partir de cet instant, l'auteur découvre qu'il ne va pas seulement publier un livre. Il va devoir apprendre une multitude de métiers, particulièrement s'il ne roule pas sur l'or : éditeur, maquettiste, créateur de site web, community manager, graphiste, chargé de marketing, analyste, etc.

Autant dire que, dans mon cas, à presque cinquante ans, l'aventure s'est révélée bien plus tentaculaire que ce que j'avais imaginé.

Quand on écrit un livre, puis qu'on découvre qu'il faut aussi le vendre

Dans l'imaginaire collectif, l'auteure passe ses journées à écrire dans un joli carnet ou devant son ordinateur, une tasse de thé à portée de main.

La réalité est un peu différente. Une fois le manuscrit terminé, une nouvelle question apparaît : comment faire pour que les lecteurs découvrent son existence ?

Car un livre invisible, même excellent, ne touchera personne.

Lorsque l'on choisit l'autoédition, on devient également responsable de tout ce qui entoure la publication.

Absolument tout.

Éditeur

Avant même de penser à la publication, il faut relire. Puis relire encore. Traquer les répétitions. Repérer les incohérences. Vérifier que les yeux d'un personnage ne changent pas mystérieusement de couleur entre deux chapitres. S'assurer qu'un événement survenu en juin ne se retrouve pas, par magie, en avril quelques pages plus loin.

Dans le cas d'une romance historique, cela signifie également vérifier les usages sociaux, le contexte de l'époque et la cohérence historique de chaque scène.

L'écriture est un art. La correction est parfois un travail de détective. Tiens, j'avais oublié de l'ajouter à ma liste de métiers, celui-là.

Maquettiste

Cela ressemble aux sauts de page et de sections, ou quand on passe deux heures à manipuler les numéros de pages ou toute une nuit à traquer les espaces superflus et les ronds à la place des points dans les symboles supposés rester à jamais masqués dans un document Word.

Aujourd'hui, je pourrais probablement tenir une conversation étonnamment longue sur les exigences techniques d'un livre destiné à l'impression.

Je ne suis pas certaine que ce soit une compétence particulièrement utile à aborder lors des repas de famille, mais elle existe désormais.

Créateur de site web

Pour un auteur indépendant, créer un site internet soi-même peut sembler titanesque, à moins d'avoir un diplôme en informatique caché quelque part.

C'est le genre de tâches que l'on délègue volontiers aux professionnels, mais cela peut revenir cher et ne pas toujours donner le résultat souhaité.

Or il est essentiel pour un auteur d'avoir un espace qui lui appartienne et qui porte sa marque.

Heureusement, l'IA fait des merveilles, à moindre coût.

J'ai donc appris à structurer un site web et découvert les joies des paramètres de publication et des configurations techniques dont j'ignorais tout.

Le jour où mon site a enfin été accessible au public, j'ai éprouvé une satisfaction totalement disproportionnée, je l'admets.

Community manager

Instagram, Facebook, Pinterest, YouTube…

TikTok.

Ah, non ! Pas de TikTok, j'ai mes limites.

Tout le monde n'est pas né avec un smartphone greffé à la main, et pourtant impossible d'ignorer ces plateformes. Elles sont devenues des outils essentiels pour construire une communication claire et efficace, avant, pendant et après la sortie d'un livre.

Aujourd'hui, je réfléchis à des publications, à des visuels, à des formats vidéo et à des calendriers de contenu.

Et j'ai découvert qu'une vidéo de quinze secondes pouvait parfois demander plusieurs heures de travail.

Graphiste

Je ne compte plus le nombre d'images redimensionnées, de couleurs testées, de versions enregistrées…

Lorsqu'on est auteur indépendant avec un budget limité, on apprend rapidement à devenir débrouillard.

Chargé de marketing

C'est probablement la casquette dont on parle le moins lorsque l'on rêve de publier un roman.

Pourtant, elle est incontournable.

Il faut apprendre à présenter son livre, à trouver ses lecteurs, à expliquer en quelques phrases pourquoi cette histoire mérite qu'on lui accorde une chance.

Maintenant, est-ce que c'est faisable ?

Je suis la preuve vivante que oui.

Si quelqu'un m'avait expliqué, au début de ce projet, tout ce que j'allais devoir apprendre pour publier mon premier roman, je me serais peut-être sentie découragée.

Heureusement, je l'ignorais.

J'ai avancé une étape après l'autre. Une compétence après l'autre. Un problème après l'autre.

Aujourd'hui, Me ferez-vous l'honneur, Lord Aylesbury ? n'est plus seulement un manuscrit de romance historique.

C'est un site internet, des visuels, des vidéos, des heures de recherche et des dizaines de nouvelles compétences acquises en chemin.

Sans oublier une bonne dose de détermination, parce qu'on peut se fatiguer vite quand on n’arrive pas à décoder l’algorithme de Facebook ou d’Instagram.

Finalement, publier une romance historique indépendante en 2026 demande bien plus que des compétences d'écriture.

Et même si le parcours est parfois exigeant, je ne regrette pas une seule seconde d'avoir commencé cette aventure.

Le meilleur dans tout ça ?

Je recommencerai sans hésiter.

Et vous ?

Maison d'édition ou autoédition ?