N’en déplaise à BookTok et autres réseaux, le concept de “book boyfriend” n’a rien de nouveau. À mon avis de lectrice passionnée de romance depuis les années 90, il trouve ses racines dans les codes de la romance historique.

Car si les nouveaux genres littéraires ont popularisé certains archétypes masculins, ils n’ont certainement pas inventé la roue. La romance historique, et plus particulièrement les romances Regency et victoriennes, explorait déjà depuis des décennies ces héros complexes, charismatiques et délicieusement frustrants qui continuent aujourd’hui encore de nous faire chavirer.

Mais qu’est-ce qui rend les héros de romance historique si irrésistibles ?

Peut-être parce que les romances Regency et victoriennes maîtrisent depuis toujours l’art de la tension romantique, ou “slow burn” comme on l’appelle aujourd’hui. Jane Austen en usait déjà avec un talent redoutable dans Orgueil et Préjugés, publié en 1813… bien avant que BookTok ne découvre les hommes émotionnellement indisponibles.

Ah, ce cher Mr Darcy…

Dans ces univers gouvernés par les convenances sociales, les réputations et les mariages arrangés, le moindre geste prend une importance démesurée. Une main effleurée. Un regard soutenu quelques secondes de trop. Une danse. Une phrase murmurée à voix basse.

Tout devient plus intense.

Et les héros qui évoluent dans ces univers n’en sont que plus fascinants.

Il y a d’abord le grand classique : le libertin.

Celui qui collectionne les scandales, refuse toute attache émotionnelle et possède une réputation catastrophique. Les héros de la saga La famille St. John, de la talentueuse Sarah MacLean, illustrent parfaitement ce genre-là.

Et pourtant…

Le libertin fonctionne parce qu’il repose sur une promesse très solide : quand il est enfin amoureux, il ne voit plus que nous… enfin, l’héroïne.

La romance historique excelle tout autant dans un autre type de héros particulièrement redoutable : l’homme froid et inaccessible.

Le duc sérieux.
Le comte autoritaire.
Le gentleman obsédé par le devoir, le contrôle et les apparences.

Le très honorable Lucien Barrington, marquis de Montagu (Emma V. Leech), vient immédiatement à l’esprit.

Ce type de héros donne souvent l’impression de maîtriser parfaitement ses émotions… jusqu’au moment où tout commence lentement à se fissurer, sous le regard, souvent innocent, d’une héroïne qu’il n’avait absolument pas prévu d’aimer.

Troisième figure inévitable : le héros sarcastique.

Ceux qui dissimulent leurs émotions derrière l’ironie, les remarques piquantes et un humour parfois insupportable.

Pensiez-vous à un certain Leo Hathaway ?

La romance Regency possède par ailleurs un talent particulier pour façonner des héros protecteurs sans jamais les rendre fades.

Ces hommes peuvent être arrogants, cyniques ou même franchement agaçants… mais lorsque l’héroïne est menacée, insultée ou blessée, ils deviennent soudain capables de traverser Londres sous la pluie, de provoquer un duel ou de ruiner leur réputation pour elle.

Ce qui, reconnaissons-le, reste particulièrement séduisant.

Et c’est probablement là que réside le véritable secret des héros de romance historique : parce que derrière la retenue et les convenances de l’aristocratie anglaise se cachent simplement des hommes, avec leurs propres failles, leurs contradictions et leurs désirs refoulés.

C’est aussi ce qui distingue souvent les héros de romance historique de certains archétypes plus récents popularisés par la romantasy ou la paranormal romance. Là où certains personnages modernes misent surtout sur le pouvoir ou la dangerosité, les héros Regency reposent énormément sur l’évolution émotionnelle.

Ils changent.
Ils résistent.
Puis ils tombent amoureux malgré eux.
Et finissent totalement ruinés par leurs sentiments.

Et si vous voulez un autre argument en faveur des “book boyfriends” de la Regency, je dirais simplement que l’ancrage historique rend ces personnages bien plus réels, pour nous autres lectrices, que n’importe quel fae, vampire ou loup-garou.

Car au fond, les véritables “book boyfriends” n’ont jamais eu besoin d’ailes noires pour exister.

D’ailleurs, j’ai vérifié : mes héros n’en ont pas.

J’ai désormais hâte de découvrir quel accueil les lectrices réserveront à Lucius, Michael, Seth et Allan dans ma saga Les Sœurs de cœur.

Longue vie aux vrais “book boyfriends”… ceux de la romance historique.

Références citées