Sorcellerie, mariage et petits gâteaux : Halloween à l’ère de la Régence

À la veille du 31 octobre, je ne pouvais pas manquer l’occasion de vous parler d’Halloween à l’ère de la Régence, ou plutôt de l’inexistence de cette fête à cette époque.

Hein ! Pas d’Halloween ?

Halloween, tel que nous le connaissons aujourd’hui, ne s’est véritablement popularisé en Angleterre qu’à partir des années 1980. En revanche, une autre fête marquait l’automne anglais : celle de Guy Fawkes, le 5 novembre.

Oui, je sais ce que vous vous dites : c’est qui encore celui-là ?

Guy Fawkes était un conspirateur anglais impliqué, en 1605, dans un complot visant à faire exploser le Parlement et à assassiner le roi Jacques Iᵉʳ. Je laisse aux historiens le soin de détailler les tenants et aboutissants de cet événement. Pour cet article, sachez seulement que, même si la tentative fut un échec, elle marqua suffisamment les esprits pour que, dès 1606, le Parlement instaure une journée annuelle d’action de grâce afin de remercier Dieu d’avoir sauvé le souverain. 

C’est ainsi que naquit la Guy Fawkes Night, célébrée chaque 5 novembre, notamment par de grands feux de joie et des feux d’artifice. Une tradition qui lui vaut également le nom de Bonfire Night.

Oui, mais c’était le 5 novembre. N’y avait-il rien avant cette date ?

Eh bien, pour trouver la réponse, il faut remonter aux origines mêmes du mot Halloween, contraction de All Hallows’ Eve, autrement dit, la veille de la Toussaint.

Si la Toussaint figurait bien dans le calendrier religieux de l’Église d’Angleterre, sa veille n’occupait guère de place dans les célébrations de l’aristocratie et de la gentry anglaises. En revanche, en Écosse et en Irlande, qui appartenaient alors au même Royaume-Uni, les choses deviennent nettement plus intéressantes…

Dans ces deux pays, la nuit du 31 octobre était entourée de nombreuses croyances populaires. On se réunissait autour du feu, on s’amusait à attraper des pommes avec les dents, on se racontait des histoires d’esprits et l’on pratiquait toutes sortes de rituels censés dévoiler l’avenir.

Cela dit, vous ne risquiez pas de tomber nez à nez avec une sorcière au chapeau pointu.

À ce propos, saviez-vous qu’à l’époque de la Régence, la Grande-Bretagne possédait encore une loi sur la sorcellerie ?

Le Witchcraft Act de 1735 était en effet toujours en vigueur. Sa particularité ? Il punissait ceux qui affirmaient posséder des pouvoirs surnaturels et prétendaient les exercer, mais reposait désormais sur un principe bien différent de celui des anciennes lois : la sorcellerie n’était plus reconnue comme un pouvoir réel.

Le pragmatisme britannique n’allait tout de même pas se laisser berner et admettre qu’il puisse exister des sorcières en ce bas monde !

L’objectif était de protéger la population contre ceux qui exploitaient sa crédulité, plutôt que de poursuivre de prétendues sorcières. Je vous laisse imaginer à quel point on pouvait ratisser large pour débusquer les contrevenants : diseuses de bonne aventure, prétendus magiciens, individus promettant de retrouver des objets perdus grâce à leurs pouvoirs occultes… 

Mais certaines croyances populaires sont impossibles à éliminer…

En 1808, à Great Paxton, dans le Cambridgeshire, une certaine Ann Izzard fut accusée par ses voisins d’être une sorcière. On lui attribuait tous les malheurs du village, depuis les maladies des enfants jusqu’aux incidents les plus ordinaires.

Persuadés qu’elle leur avait jeté des sorts, plusieurs habitants l’arrachèrent à son lit, la frappèrent et la blessèrent avec des épingles. Pourquoi des épingles ? Parce qu’une vieille superstition voulait que faire couler le sang d’une sorcière suffise à rompre ses maléfices !

Heureusement pour Ann, le révérend du village prit sa défense et ses agresseurs furent traduits en justice. Conformément à l’esprit du Witchcraft Act, qui ne reconnaissait plus l’existence de véritables pouvoirs de sorcellerie, on n'accorda aucun crédit aux accusations des villageois. Les agresseurs furent condamnés à des peines de prison.

Comme quoi, il ne suffisait pas de voter une loi pour faire disparaître plusieurs siècles de superstitions ! Dans ce cas précis, elle fut au moins utile à une femme… qu’elle ait eu des pouvoirs ou non.

Oui, mais alors, si les sorcières et leurs maléfices n’existaient pas, à quoi s’amusait-on le 31 octobre dans les îles Britanniques ?

Eh bien, à ce qui se vendait le mieux : le mariage !

Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui sera mon époux !

À une époque où le mariage occupait une place si importante dans la vie des jeunes femmes, quoi de plus tentant que de chercher à découvrir ce que l’avenir leur réservait en matière de cœur ?

Et pour cela, nul besoin d’une diseuse de bonne aventure ! Quelques noisettes, une pomme ou un miroir pouvaient parfaitement faire l’affaire.

Commençons par les noisettes. Il suffisait d’en choisir deux, de donner à l’une son propre nom et à l’autre celui de l’être convoité, puis de les déposer dans le feu. Si elles brûlaient paisiblement côte à côte, voilà qui promettait une union heureuse ! Mais si l’une d’elles éclatait ou s’éloignait brusquement de l’autre, les perspectives matrimoniales devenaient nettement moins réjouissantes. 

Cette coutume était d'ailleurs si populaire à l'époque de la Régence que la nuit du 31 octobre avait fini par perdre son nom religieux dans les campagnes anglaises, pour être rebaptisée la Nutcrack Night : la nuit des casse-noisettes. 

Pour celles qui n’avaient pas encore de prétendant en vue, une simple pomme pouvait révéler un indice précieux. Il fallait l’éplucher en prenant soin de conserver la peau en un seul long ruban, puis jeter celui-ci par-dessus son épaule. La forme qu’il dessinait en retombant devait révéler l’initiale du futur époux.

Mais pour les plus courageuses, il existait une méthode autrement plus troublante.

Imaginez-vous, à minuit, seule devant un miroir, avec pour seule lumière une chandelle. Il ne vous restait plus qu’à vous peigner patiemment les cheveux, jusqu’à ce que le visage de votre futur époux apparaisse dans le reflet, juste derrière votre épaule…

Je ne sais pas si j’aurais osé tenter l’expérience. Avec mon frère aîné dans les parages, j’aurais probablement été bien plus proche de la crise cardiaque que de découvrir le visage de mon promis !

Eh bien, eh bien… Tout cela donne faim, non ? Un Soul Cake, peut-être ?

Il s’agissait d’un petit gâteau, généralement rond, préparé avec de la farine, du sucre, des épices et parfois des raisins secs, sur lequel on pouvait tracer une croix, et que l’on servait autour de la Toussaint et du jour des Morts.

Dans certaines régions d’Angleterre, les plus démunis avaient coutume de se présenter aux portes des familles aisées pour demander ces petits gâteaux. En échange, ils promettaient de prier pour les âmes des défunts de la famille, afin que le paradis leur soit offert.

Cette gourmandise avait donc une vocation bien plus spirituelle que gastronomique et l’on pouvait espérer contribuer au salut d’une âme en offrant un gâteau. Reconnaissez que c’était tout de même plus généreux que de menacer ses voisins d’un mauvais sort s’ils refusaient de vous donner des bonbons !

Et puisque j’adore l’esprit de fête d’Halloween, à défaut de vous faire goûter les Soul Cakes, je vais vous en offrir la recette.

À bientôt, dans un prochain article !