La réponse tient peut-être à une chose très simple : dans une grande saga, nous ne suivons pas seulement une histoire d’amour. Nous entrons dans une famille.
Et une fois que cela arrive, il devient presque impossible d’en sortir.
Les meilleures auteures de romance historique ont ce talent particulier de construire des univers qui semblent vivants. À travers leurs romans, la haute société anglaise prend forme sous nos yeux : les salons londoniens, les domaines perdus dans la campagne anglaise, les héritages compliqués, les mères ambitieuses, les alliances familiales, les rivalités entre frères… tout finit par devenir familier.
Tome après tome, les personnages évoluent, grandissent, tombent amoureux, se marient et fondent à leur tour leur propre famille. Et c’est précisément ce qui rend les sagas si addictives.
Dans une romance indépendante, nous découvrons des personnages pour leur dire adieu quelques centaines de pages plus tard. Ce qui ne les rend pas moins passionnantes, bien entendu, mais personnellement, j’ai souvent tendance à rester sur ma faim.
Dans une saga, en revanche, personne ne disparaît vraiment.
Le frère sarcastique aperçu dans un premier tome devient parfois le héros du suivant. La jeune fille discrète croisée au détour d’un bal finit par obtenir sa propre histoire quelques livres plus tard. Certains personnages secondaires nous intriguent si profondément que nous passons plusieurs romans à attendre leur tour avec impatience.
Et lorsqu’il arrive enfin… quel plaisir.
C’est d’ailleurs l’une des grandes forces des sagas familiales en romance Regency : elles récompensent l’attachement des lectrices.
Nous retrouvons des visages familiers.
Nous revenons dans les mêmes demeures.
Nous assistons à de nouveaux mariages.
Nous découvrons les enfants des anciens héros.
Nous voyons des couples autrefois tourmentés devenir tendres, complices… parfois toujours aussi incapables de se taire durant un dîner familial.
Peu à peu, ces familles fictives prennent une place étonnamment réelle dans notre imaginaire.
À force de retrouver les mêmes demeures, les mêmes salons londoniens et les mêmes conversations au détour d’un bal, certains univers finissent par devenir aussi familiers qu’une maison dans laquelle on aime revenir.
Qui n’a jamais ressenti cette étrange satisfaction en retrouvant un ancien couple dans un nouveau tome ?
Ces quelques lignes où l’on découvre qu’ils sont toujours amoureux, toujours aussi agaçants ou toujours incapables de se comporter correctement en société suffisent souvent à nous faire sourire comme si nous retrouvions de vieux amis.
Et honnêtement, il existe peu de satisfactions comparables à celle de retrouver un ancien héros devenu père de famille… tout en restant délicieusement tentant. Les lectrices de Lisa Kleypas penseront probablement, comme moi, à un certain lord St. Vincent.
Les grandes sagas de romance historique offrent également quelque chose de très précieux : le sentiment d’un monde qui continue d’exister au-delà du livre que nous sommes en train de lire.
Pendant que l’histoire principale se déroule, d’autres personnages vivent, complotent, se disputent ou tombent amoureux en arrière-plan. L’univers semble plus vaste, plus crédible, plus vivant.
Et c’est probablement pour cette raison que certaines lectrices, moi la première, peuvent dévorer dix, quinze ou vingt tomes d’une même série sans jamais se lasser.
Bien sûr, les sagas ont aussi leurs petits effets secondaires.
Il y a ce moment terrible où l’on termine enfin le dernier tome et où l’on réalise qu’il n’en reste plus aucun à lire. Ce vide très particulier que seules les grandes lectrices connaissent réellement.
Il y a aussi ces personnages secondaires auxquels on s’attache beaucoup trop tôt et dont il faut attendre le livre pendant plusieurs années.
Oui, vous aussi, j’en suis sûre, vous avez attendu avec impatience l’histoire d’un certain Lucifer Cynster…
Ou encore cette habitude parfaitement raisonnable qui consiste à ouvrir “juste un tome avant de dormir”… puis à réaliser, quelques jours plus tard, que l’on vient de lire neuf romans d’affilée sans voir le temps passer.
Et pourtant, malgré cela, nous y retournons toujours.
Parce qu’au fond, les grandes sagas de romance historique offrent bien plus qu’une simple histoire d’amour. Elles nous donnent l’impression d’appartenir, le temps de quelques livres, à un univers chaleureux, vivant et profondément humain.
C’est précisément ce que j’aime dans ce type de romances.
Cette sensation de continuité.
Ces liens qui se tissent d’un tome à l’autre.
Ces personnages qui évoluent ensemble au fil des années, des bals et des scandales.
Avec la saga des Sœurs de cœur, j’ai souhaité créer à mon tour un univers où plusieurs destins féminins s’entrelacent dans l’Angleterre de la Régence.
Des héroïnes différentes, des liens qui se tissent au fil des tomes, des personnages que l’on retrouve, des histoires qui se croisent… et, je l’espère, cette même sensation de revenir dans un univers familier au fil des livres.
Le premier tome sera bientôt disponible.
Pour prolonger la lecture…
Bridgerton — Julia Quinn
Les Hathaway — Lisa Kleypas
La Ronde des saisons — Lisa Kleypas
Les Cynster — Stephanie Laurens
Les Malory — Johanna Lindsey